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Louis


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samedi 9 septembre 2017

Quatrième...


Eh oui, je les compte ces fameuses chimios ! Un peu comme le prisonnier qui attend qu'on ouvre sa cellule pour lui rendre la liberté.

Celle-ci s'est passée sans encombre et le temps m'a paru toujours aussi long. Quatre heures de présence pour rencontrer une oncologue (encore une nouvelle !), manger le repas prévu avec enfin autre chose que de la purée (du riz) pour accompagner le saumon aux petits légumes bien chaud. Une orange comme dessert et c'est parti pour le goutte à goutte en trois parties : un anti-nausée, le produit actif et un petit rinçage.

Les secondes s'écoulent comme les gouttes : lentement...

Rendez-vous le 29 septembre !






jeudi 31 août 2017

On n'en parle plus !


Ce matin, j'ai rencontré le neurochirurgien qui m'a opéré de cette fichue tumeur au cerveau en mai dernier.

Il est très content de son travail et les derniers examens que j'ai passés montrent que tout est parfaitement en ordre là-haut, dans ma petite tête !

Il m'a donc annoncé avec un grand sourire que c'était la dernière rencontre entre nous.

Dommage, il m'a toujours été sympathique ce médecin et puis, il m'a quand même sauvé la vie !

Mais mon petit doigt me dit qu'on se reverra encore une fois cette année…

vendredi 18 août 2017

On en est à la moitié !



Comme prévu, j'ai subi aujourd'hui ma troisième chimio. Rien à raconter sur les soins mais une belle rencontre avec deux charmantes dames d'origine marocaine avec lesquelles le temps a passé plus vite que d'habitude.

Nous avons parlé restaurants, petits coins sympa dans Charleroi… Et nous sommes vite tombés d'accord pour dire que notre ville change dans le bon sens. Un peu d'optimisme dans la grisaille météorologique et celle de l'actualité de Barcelone.

Voici enfin une photo des fameux gants que je porte durant la chimio. Parfois, je les enlève car, non content de sortir du congélateur, ils sont vraiment très lourds !

Ah si j'avais affronté Cassius Clay alias Mohamed Ali, quel match !



mardi 8 août 2017

Louis fait de la résistance


Vous qui lisez cet article, ne faites pas la bêtise d'aller aux urgences d'un  hôpital un vendredi pour vous plaindre de vertiges, vous risquez gros !

Scénario : entrée aux urgences à 11 heures, prise en charge immédiate  puis attente, attente, attente... entrecoupée, d'un petit acte technique, prise de température, mesure de la glycémie, prise de sang...

Vers 16 heures, branle-bas de combat sur le pont ! Et le verdict tombe : vous allez être hospitalisé en oncologie. On vous y attend ! Réception joyeuse : collier de fleurs, verre d'accueil, grand sourie. Trop tard, le piège est refermé !

Le jour suivant se résume à la visite de différents médecins, qui vous posent chacun les mêmes questions et repartent vers d'autres horizons...

Le dimanche, si vous avez de la chance vous verrez trois ou quatre personnes différentes qui veilleront à vous apporter votre plateau repas plein de choses que vous n'aimez pas : À mon avis, ils ont une liste des choses les plus infâmes pour le week-end !

En général, quand je ne dors pas la nuit, c'est qu'il y a quelque chose qui me turlupine et dont je veux trouver la solution le lendemain matin. Parfois, le hasard ou la bêtise me donne un bon coup de main...

Lundi, 5h35 du matin, une infirmière rentre dans ma chambre... "Je viens vous faire une prise de sang ! Eureka ! Je sais ce que je vais faire !

En moins de trente secondes, la pauvre est virée de ma chambre, avec le message : "Dès aujourd'hui, je quitte ce service !" à faire passer à qui de droit.

Quelques ambassadeurs sont venus pour tenter de me convaincre, en vain !

Onze heures, entrée en fanfare de mon oncologue favorite, suivie comme son ombre pas trois assistants muets : "Alors, Monsieur Delville, on fait de la résistance ?"

J'explique mon cas, mes deux journées infernales, le manque de communication... Elle convient avec moi de la situation.

Pris d'une inspiration, je lui annonce que moi je sais pourquoi on a jugé bon de m'hospitaliser un week-end : "Vous vous rendez compte, deux journées facturées pour aucun travail plus celle-ci puisqu'entretemps on est venu apporter mon plateau repas (chambre occupée à midi, journée entière à payer !).

Elle me regarde, je poursuis, "Ces trois jours vont servir à payer vos vacances, Madame !!!"

Elle a faiblement souri et m'a laissé manger.

L'après-midi, j'ai quitté le service sans regrets !
  

samedi 29 juillet 2017

Chimio n° 2


Rendez-vous à 10h30 pour cette chimio. Je suis reçu par une charmante oncologue qui a bien lu mon dossier. Elle me questionne longuement et élude, comme tout le corps médical, mon problème de vertiges qui ne fait que croître...

Drôle de situation où l'on me soigne parfaitement pour des choses que je ne ressens pas et où on "néglige" le seul mal ressenti par le patient...

Mon taux de globules blancs a bien remonté, le scanner passé le 17 aux urgences est rassurant quant à ma tumeur, bref, je ne devrais pas trop me plaindre

Les symptômes annexes : perte de goût, d'appétit, les maux divers sont normaux et ne me handicapent guère. J'ai perdu le goût du sucré mais cela n'est guère ennuyant. Je n'ai jamais été un fanatique de la pâtisserie. Quant au chocolat, je lui trouve une saveur bizarre !

La séance s'est déroulée sans ennui et cette fois, j'ai reçu mon repas avant de devoir enfiler ces fichus gants réfrigérés que j'ai enlevés avant la fin du traitement tellement j'avais les mains froides !

L'infirmière de diabétologie est passée chercher les résultats et en est satisfaite. Un point de plus.

Ah oui, autre bonne nouvelle ? Micheline m'a trouvé un autre chapeau beaucoup plus cher que le premier puisqu'il lui a coûté 1 euro !

Une petite photo ?


mardi 18 juillet 2017

Urgences = Patience


Les hasards de l'évolution de mos état de santé m'ont amené hier à aller aux urgences de mon hôpital favori !

Depuis ma première chimio du 7 juillet, beaucoup de choses on chargé...

Le plus gênant sont les vertiges dont je me plains depuis près de deux ans qui s'amplifient au point de pourrir ma vie. Je suis ainsi incapable de rester plus de quelques minutes debout. Jugez des problèmes que cela pose pour la simple confection d'une sauce blanche ou une attente  chez un commerçant...

Micheline a téléphoné hier à mon oncologue qui a conseillé d'aller aux urgences.

15h, arrivée et prise en charge : rapide, check-up habituel, prise de sang, tension, température...
Durée 10 minutes.

15h50, rencontre avec le médecin qui m'examine, me questionne, m'écoute...
Durée 20 minutes

16h15, annonce que l'on va me faire un scanner du cerveau !

16h55, après plusieurs demandes restées sans réponse quant à l'horaire de l'examen, je menace de quitter ma chambre.

16h57, miracle, la brancardière vient me chercher. Gymkhana dans les couloirs et rangement du patient toujours sur son lit dans un couloir vide. 

17h15, le scanner est fait et je suis revenu dans ma chambre !

18h, entrée du médecin : il faut attendre les résultats...

Quelques nouveaux examens pour passer agréablement le temps et à 19h, renvoi dans mon foyer. Le scanner est très bon, j'ai une petite infection d'origine inconnue qui oblige à prendre des antibiotiques pendant une semaine. Au moindre signe de fièvre à partir de vendredi 21, je dois revenir. 

Il y a de ces menaces qui vous donnent froid...

mardi 11 juillet 2017

Que faire face à Attila ?


C'est ainsi que je surnomme désormais la radiothérapeute qui a pris en charge l'extermination du petit restant de ma tumeur ! Et pour cause : Là où elle passe, les cheveux ne repoussent jamais !

Notez que ça m'est égal  et que j'assume cette calvitie précoce avec humour. Cet article en est la preuve !

Mais, car il y a un mais, je dois protéger mon crâne des rayons du soleil... J'ai bien pensé demander une de ses mitres à mon cousin Jean-Pierre mais cela s'avère difficile à porter dans les transports en commun ou dans ma voiture. Une casquette avec visière vers l'arrière, cela fait trop jeune. Non, j'ai décidé de trouver un chapeau. Direction mon tailleur préféré, "Les Champs Élysées" Et miracle, tout droit sorti d'une réserve, LE chapeau !

Merci à Carine et Gérald de me l'avoir offert ! Cela valait bien cet article !

vendredi 7 juillet 2017

Chimio première ! Clap.


Nous y sommes. Aujourd'hui, j'ai subi ma première chimio...

C'est le début de 18 semaines de traitement de ce cancer de la prostate qui s'est rappelé à mon mauvais souvenir il y a 16 mois.

Arrivée à l'hôpital à 10h30 et début des hostilités avec la visite chez l'oncologue. Avant on disait cancérologue mais cela faisait peur. Alors on a changé !

Analyse des heures et des jours à venir et premier rencontre avec le service. Questionnaire habituel, conseils, explications de ce qui va se passer. Bref de quoi rassurer le patent. Moi, j'aime savoir, j'aime comprendre !

Placement de la tuyauterie via une aiguille piquée dans le port a cath. On ouvre les petites vannes et c'est parti pour un produit de nettoyage? Puis vient le médicament actif mais avant cela, on veut protéger mes ongles. Me voici équipés d'une paire de gants entoures de grosses moufles sortant tout droit d'un congélateur. Mes deux mains sont très lourdes et très froides. Où les poser ?

C'est le moment que l'on attendait pour m'amener mon repas !!!

Avez-vous déjà mangé des spaghettis bolognaise avec des gants de boxe ? Bon courage ! C'est Micheline qui doit me donner la becquée? En récompense elle a droit à un potage prévu pour les accompagnants !

Heureusement cela ne dure pas trop longtemps. Le traitement est terminé pour aujourd'hui.

Une visite au service diabétologie où l'on m'initie au maniement d'un appareil de mesure de la glycémie et retour à l'appartement vers 15h45.

Grosse journée et grosse fatigue.

Demain est un autre jour...

jeudi 29 juin 2017

Port-A-Cath


Définition :
Dispositif destiné à permettre des injections régulières par voie veineuse sans devoir piquier le patient Cela consiste en un petit boitier implanté sous la peau et muni d'une cloison en silicone destinée à recevoir l'aiguille. Le boitier est relié à une grosse veine (jugulaire, par exemple).

C'est cet objet que l'on m'a implanté hier. Il se situe environ 20 centimètres au dessus de mon sein gauche au niveau de la clavicule et restera en place aussi longtemps que voulu !

Ainsi lors de mes séances de chimiothérapie, on ne devra pas "chipoter" pour trouver une bonne veine.

Si l'intervention s'est bien passée en moins d'une demi-heure, le reste de la journée a été épouvantable ! Jugez-en vous-même :
- Arrivée à 7h30, opération prévue à 9h37.
- Départ de ma chambre à 11h25
- Opération de 12 à 12h30
- Réveil à 12h45
- Retour à ma chambre à 13h - Repas tartine.
- Visite de l'assistant chirurgien à 17h pour me libérer.

Soit plus de 8 heures d'attente sans avoir aucune nouvelle ! Merci le GHdC, je m'attendais à mieux !


mardi 27 juin 2017

Chimiothérapie


Ce seul mot donne parfois froid dans le dos...

On repense à plein de personnes qui ont subi ce traitement avec plus ou moins de chance, de réussite.

Je m'y attendais,  je vais bientôt faire partie des patients de  l'hôpital de jour. Ainsi en ont décidé les médecins qui me suivent depuis plus d'un an. 

L'épisode de la tumeur au cerveau (d'origine prostatique) a sûrement beaucoup joué dans cette décision.

Voici donc la suite des événements : 6 séances espacées de trois semaines à partir de début juillet.

Mon oncologue ne m'a pas caché qu'il y aurait des inconvénients : perte de mes cheveux, fatigue... 

Plutôt que de répéter cent fois les mêmes informations, je vous suggère de venir régulièrement ici. Je vais essayer de vous raconter régulièrement les temps forts des mois qui viennent. 

Que cela ne vous empêche pas de me téléphoner aussi. Cela fait chaud au cœur d'entendre des voix amies.

mardi 20 juin 2017

La tumeur (2)

Prêt à jouer dans un film d'horreur, me voici avec mon masque de radiothérapie. Cinq séances pour me débarrasser du petit reste de cette fichue tumeur. Cinq séances passées la tête enfermée dans ce masque destiné à empêcher tout mouvement.


Cinq séances pendant lesquelles j'ai eu une pensée pour deux ou trous amies claustrophobes !


Rassurez vous, cela ne durait que quelques minutes et je n'en suis pas traumatisé. Preuve ? J'ai accepté le cadeau !




samedi 3 juin 2017

La tumeur (1)


Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas encore !

Le 12 mai dernier, on m'a diagnostiqué une tumeur au cerveau de 5 centimètres. Quatre jours plus tard, le Docteur Duhem du GHDC m'a opéré avec succès et est parvenu à enlever 99% de cette tumeur qui appuyait sur des zones vitales.

Les derniers jours, j'avais perdu presque l'usage de la parole et je n'arrivais plus à lire ni à écrire correctement. Mon séjour à l'hôpital n'a duré que 8 jours et depuis mon retour à domicile, je retrouve toutes mes sensations et toutes mes facultés.

Que va-t-il se passer dans les semaines qui viennent ? Je ne le sais pas encore mais j'entame une longue série d'examens qui devraient me permettre, je l'espère, de reprendre une vie normale.

Merci pour les innombrables marques d'amitié reçues de partout. Cela m'a fait réellement plaisir. 
  
36 agrafes !

Le président des Motivés reprend ses activités !




samedi 6 mai 2017

Dégâts miniers


Une nouvelle primée au concours des Éditions du Basson 2017.

Pierre, le début


C'est dans les années cinquante que j'ai commencé à travailler à Charleroi, Bruxellois arrivé un peu par hasard au Pays Noir. En ce temps-là, la région était attirante pour un jeune ingénieur. Les industries florissantes et les charbonnages pouvaient en séduire plus d'un. Ce fut mon cas pour mon plus grand malheur.

Pourtant, tout avait bien commencé. Le travail était intéressant et c'était bien payé. J'avais un logement de fonction situé près du puits saint Antoine où je travaillais et je m'étais vite fait de nombreux amis. J'étais invité un peu partout et très souvent, j'invitais au restaurant en remerciement. Aussi bien ville basse que ville haute, on trouvait d'excellentes tables et très rapidement, je suis devenu un client fidèle de ces bonnes maisons. C'est d'ailleurs là que j'ai fait connaissance de Gabrielle.

Jeune femme charmante, elle était née à Marcinelle et venait de terminer des études de pharmacienne. Elle avait repris l'officine familiale et y faisait de bonnes affaires. Georges, un ami commun nous avait présentés l'un à l'autre et cela avait été le coup de foudre. Moins d'un an après notre rencontre, nous étions mariés malgré les réticences de nos parents.

Les années ont passé, vite, trop vite. Le temps d'avoir deux enfants, je me suis retrouvé sans emploi. Le puits saint Antoine n'était plus rentable et allait être bientôt fermé. C'est ce que m'a déclaré Monsieur Lenoir, le gérant, en me tendant une lettre dont j'ai deviné le contenu. Étienne Lenoir était un homme dur et sans pitié. Au charbonnage, tous ses ouvriers le craignaient et peu de personnes trouvaient grâce à ses yeux. Un patron style XIXe siècle, persuadé d'être seul maître de "son" charbonnage et prêt à tout pour contenter ses actionnaires.


Gabrielle, le début


Dans ma famille, on est pharmacien de génération en génération. J'ai succédé à mon père qui avait succédé à son père à la tête de l'officine créée en 1904. J'étais la première fille de la lignée. Fille de bourgeois, je fréquentais la bonne société de Marcinelle, commune riche située au sud de la ville.

Georges, un ami de papa, avait eu l'idée d'organiser un grand repas pour son anniversaire et c'est là qu'il m'avait présenté Pierre, un jeune et bel ingénieur civil des mines au puits saint Antoine. Malgré l'opposition de nos deux familles, nous nous étions mariés et la naissance de nos deux filles avait rapidement arrangé les choses. Nous formions un couple riche, heureux et sans histoire. Nous habitions le grand appartement au-dessus de la pharmacie.

Ce jour-là, contrairement à son habitude, Pierre est rentré tôt. J'ai entendu ses pas dans l'escalier et j'ai profité d'un moment de calme pour monter. Il était débout près de la fenêtre. Il m'a tendu une lettre.

"Ce salaud de Lenoir est arrivé à ses fins !"

Pierre était licencié à partir du lendemain. Certes, il y avait une grosse prime en compensation, mais il se retrouvait chômeur comme le plus petit des mineurs du puits saint Antoine qu'on allait fermer pour cause de mauvaise rentabilité. Monsieur Lenoir partait lui aussi. Il était appelé à un poste plus élevé, à la direction générale du groupe financier propriétaire de l'exploitation.


Pierre, l'écrivain


Il fallait absolument que je retrouve du travail. À moins de cinquante ans, on est encore jeune, non ? J'ai tout essayé et partout je recevais la même réponse, trop vieux, peu au courant des nouvelles technologies. Enfin, tout ce que chaque demandeur d'emploi entend à longueur d'entretien d'embauche.

C'est Gabrielle qui m'a donné l'idée : "Et si tu écrivais ?"

Depuis longtemps j'avais envisagé de rédiger un bouquin sur ma vie. C'était peut-être le moment… Mon stylo courrait tout seul sur de grandes feuilles de papier lignées. Cela venait d'un seul jet comme si j'avais toujours voulu faire cela. Quand j'étais content de moi, je recopiais avec ma vieille machine à écrire. En quelques mois, j'avais pondu plus de trois cents pages sur la vie d'un jeune ingénieur dans le monde minier du Charleroi des années cinquante-soixante.

Avec mes relations, j'étais sûr de trouver un éditeur. Ce fut le désenchantement : "Trop long, trop plat, trop ceci, trop cela, pas assez…"

Bref, personne ne voulait de ma prose.

J'ai corrigé, réécrit, modifié, amélioré. En vain, la réponse était partout la même.

Découragé, j'ai abandonné mon projet et je me suis consacré à faire du bénévolat dans les écoles. J'ai vécu là beaucoup de moments enthousiasmants. Grâce à moi, des dizaines de gamins ont réussi leur vie, et j'en suis fier.

L'année touchait à sa fin quand j'ai lu qu'un Salon du Livre allait se tenir à Charleroi. Enfin, quelques intrépides allaient oser l'impensable ! Ma ville allait-elle enfin connaître une petite embellie culturelle ?

J'ai repensé à mon manuscrit et sans trop d'espoir, je l'ai envoyé à un nouvel éditeur spécialisé en récits régionaux. Le résultat ne se fit pas attendre. Un simple SMS : "super intéressé, prendre contact avec Isabelle Lenoir 0495…" Le lendemain, je me trouvais dans un bureau calme situé en pleine ville.

Isabelle Lenoir m'a accueilli avec le sourire et nous avons discuté devant un café.

"Je fais partie du comité de lecture et j'ai particulièrement apprécié votre récit. Mon père travaillait lui aussi dans un charbonnage et il m'a tant raconté…"

"Votre père… Étienne Lenoir ? S'agit-il d'Étienne Lenoir ?"

"Vous le connaissiez ?"

"Si je le connais ! Il était gérant du puits saint Antoine, où j'ai travaillé pendant toute ma carrière."

"Je me demande toujours comment les mineurs pouvaient ainsi travailler sous terre. Je crois que je serais morte si j'avais dû descendre. Moi, qui ne supporte pas les endroits clos, j'ai peur même dans un simple ascenseur."

Puis elle a ajouté : "Mon père est mort l'an dernier…"

Je n'ai rien répondu.

J'ai revu plusieurs fois Mademoiselle Lenoir pour mettre le livre au point. Elle m'a demandé de recopier mon manuscrit sur ordinateur et quand ce fut fait, nous avons passé de nombreuses heures face à face. Elle parlait, donnait ses ordres et n'écoutait guère. Comme un automate, je corrigeais, je changeais l'une ou l'autre phrase, je peaufinais mon texte sous sa direction.

"Vous pouvez faire encore mieux" était son leitmotiv.

"Forcez-vous un peu, que diable ! Je me demande comment vous avez pu travailler avec mon père ! Lui, c'était un vrai battant, un homme de décision, je suis tellement fière d'être sa fille !"


Gabrielle, dans l'ombre


Pierre en a bavé ! Son livre n'intéressait personne et il était désespéré jusqu'au jour où l'école voisine lui a proposé de venir aider des gosses en difficulté. Il s'est senti revivre et est très heureux des résultats obtenus.

Depuis peu, Pierre n'en revient pas. Son vieux manuscrit a trouvé preneur ! Régulièrement, il va travailler avec son éditeur pour que son livre soit prêt pour le prochain Salon du Livre de Charleroi.

Il parle peu et je ne le questionne pas. C'est son enfant, son œuvre et je ne veux pas intervenir. Je me contente de l'encourager, de lui dire que la vie valait la peine d'être vécue et que je serai sa première vraie lectrice. Il ne veut même pas me révéler le titre, choisi avec soin, prétend-il !

Il travaille toujours avec une sorte de rage de bien faire qui ne m'étonne pas de lui. Je le connais, mon Pierre, c'est un perfectionniste !


Pierre, face à ses lecteurs


J'ai bien vendu "Le noir pays", la couverture en noir et blanc attirait l'œil des visiteurs et la 4e de couverture n'a laissé personne indifférent. Pensez donc, un ancien de la mine racontant sa vie plus de trente ans après la fermeture du dernier charbonnage de la région, le Roton à Farciennes…

Le dimanche tirait à sa fin et tout le monde remballait ses affaires. Vers vingt heures, nous n'étions plus que nous deux, Isabelle et moi. Son patron était parti reconduire un de ses auteurs fétiches. Le grand hall était vide. Isabelle m'avait demandé de terminer le rangement avec elle. Bientôt, il ne resta plus que quelques chaises, j'en pris quatre et elle me suivit vers le fond en portant les deux dernières. Elle les a posées dans le cagibi, à côté des autres. J'ai brutalement fermé la porte et j'ai fait tomber un gros madrier juste contre la porte. Un malheureux concours de circonstance, cette porte bloquée ! Elle hurlait, je me suis éloigné lentement. J'ai descendu le lourd volet métallique, je suis sorti par la petite porte latérale et j'ai fait le tour du bâtiment. Pas un cri n'arrivait dehors. Seul le bruit des voitures passant sur le ring juste au-dessus rompait le silence. Ma voiture était devant, bien rangée rue de la Villette. Quelques minutes après, j'étais chez moi.

Gabrielle voulut savoir si le second jour avait été pareil au premier. Elle était venue le samedi et avait observé de loin les visiteurs qui passaient devant moi, qui s'arrêtaient souvent longuement et repartaient parfois avec mon livre en main. Puis, elle s'était approchée pour écouter : "Les gens sont bêtes, ils disent tous la même chose. On croirait que tous tes lecteurs ont travaillé dans la mine ! C'est marrant", m'avait-elle raconté à mon retour.

Le lendemain matin, j'ai reçu un coup de téléphone de mon éditeur s'étonnant de ne pas voir Isabelle.

"Je l'ai quittée vers vingt heures, elle rangeait les dernières chaises dans le cagibi du fond. Elle m'a demandé de fermer le volet…"

"Je file là-bas…"

Quelques minutes après, le téléphone sonnait. Il avait retrouvé le corps d'Isabelle. Horriblement claustrophobe, elle n'avait pas supporté de rester accidentellement enfermée durant quelques heures.

J'imaginais déjà les titres des journaux : "Un malheureux accident au Salon du Livre"